Vaincre L’anxiété Au Quotidien

L'  Atomium  de Bruxelles, créé par l'architecte André Waterkeyn à l'occasion de l'Exposition universelle de Bruxelles de 1958.

L' Atomium de Bruxelles, créé par l'architecte André Waterkeyn à l'occasion de l'Exposition universelle de Bruxelles de 1958.

Je ne sais pas vous, mais je me pose beaucoup de questions. Elles peuvent parfois être pratiques, et avoir un sens réel pour ce que je fais comme par exemple, en anglais les gens qui écrivent des articles comme celui-ci utilisent souvent le pronom « you ». Mais en français, il y a deux possibilités, le « tu », forme informelle qui permet d’être plus proche de son lecteur, ou le « vous », qui est inclusif et s’adresse à un groupe ou garde une certaine distance de respect. J’ai décidé de m’adresser à tout le monde sans viser personne, c’est moins intimidant et si jamais quelqu’un d’important devais me lire, je ne commets pas d’impaire sur le plural majestatis.

Comme vous le voyez, j’ai pu résoudre ce problème de manière logique en le rationalisant. J’ai mis de côté mon angoisse de la page vide, et pesé le pour et le contre pour un choix qui pendant quelques instants m’a paru très compliqué. Une fois la logique trouvée, il ne l’était plus tellement, non?

Cet exemple était très simple, mais si comme moi la moindre petite chose vous fait tourner les méninges à plein régime, « overthinking » comme on dit sur ce site, ce n’est pas toujours facile.

Chacun a ses propres raisons d’être anxieux/anxieuses. Pour ma part, cela varie entre ce que les gens vont penser de moi, à des choses plus personnelles liés à ma bipolarité, périodes de stress ou autres.

Bien avant mon diagnostique de bipolarité, j’étais déjà un angoissé, un stressé de la vie comme j’entends parfois. Comme je l’ai écris sur Medium (en anglais), j’avais l’impression d’être une imposture, et de ne pas mériter ce que j’avais comme points à l’école, ou ce qu’on m’attribuait comme qualités.

Auto-dévaluation permanente. J’ai essayé différentes méthodes de fuite pour échapper à cela, comme les addictions, les conquêtes amoureuses, etc. Évidemment tout cela n’a rien donné de bon, même si j’ai fait de chouettes rencontres parfois, mais cela n’avait rien à voir avec mes travers pour échapper… à moi-même.

On peut aussi être angoissé par les autres tout court, pas leur jugement sur nous, mais ce qu’ils sont, ce qu’ils font. Et là je crois en fait que se cache le même problème, la connaissance. Celle de soi, celle des autres. Céline Dion chante dans une de ses chansons « On met juste les costumes d'autres sur soi ».

Parfois il arrive dans la vie qu’on s’éloigne de sa propre nature, à cause de coups durs, ou de fierté mal placée. Trop fier pour admettre que je ne savais pas tout, et j’avais peur d’être ridiculisé si cela se savait.

Une étape importante vers le rétablissement fût le diagnostique de ma maladie, parce que certains stress et comportements étaient en lien avec elle. Cela a rationalisé les choses, et mis un nom sur la source de mes tracas. Sachant ce à quoi j’avais à faire, j’ai pu y faire face plus facilement, bien que cela restait… périlleux.

Une deuxième étape clé a été la résilience dont j’ai fait preuve face à cette annonce et l’acceptation d’un traitement, qu’il a fallu faire évoluer au fil du temps parce qu’il n’était pas toujours adapté, mais c’était surtout le principe d’avoir besoins d’une aide qu’il fallait que j’intègre, que ce soit médicamenteuse ou psychologique.

Puis j’ai ressenti le besoin d’extérioriser ce que je ressentais, mes peurs. Je les ai d’abord confiés à un journal intime. Il y a des applications très bien pour faire cela, si vous n’aimez pas écrite à la main (j’utilise Day One), et sinon un simple cahier, voir même décoré, fait très bien l’affaire.

Se confier à un journal fait beaucoup de bien, mais j’avais besoin de passer à l’étape d’après, avoir un retour et rendre mon expérience utile, à moi et peut-être à quelqu’un d’autre. Là des parties de mon récit ont pris de chemins différents en fonction de mon ressenti et du but que je voulais leur donner. J’en ai parlé à des proches, de la famille ou des amis, et pour le reste depuis peu je me confie sur Medium et un blog. Ne vous sentez pas obligé(e)s de faire pareil, c’est en fonction des besoin de chacun(e).

J’ai longtemps pensé que ne pas parler de ce qui me faisait peur permettrait que cela n’arrive jamais. Et après mûre réflexion, ce qui se passait c’est que cela ne quittait pas ma tête…

J’ai choisi de le faire anonymement, pour me protéger d’une certaine façon quand même, vu que je livre des parts de moi très personnelles, dont certaines que je n’avais avant même pas abordée avec ma famille. Et mes angoisses me disent que des recherches sur internet se font parfois avant un entretien d’embauche, je ne voudrais pas que cela se retourne contre moi, les employeurs ne sont pas très compréhensifs, ils veulent des CV parfaits, pas des accidentés de la vie.

J’ai longtemps pensé que ne pas parler de ce qui me faisait peur permettrait que cela n’arrive jamais. Et après mûre réflexion, ce qui se passait c’est que cela ne quittait pas ma tête, ces pensées restaient latentes dans mon inconscient. Parler m’a permis de me faire comprendre de mon entourage, ils voient un peu mieux pourquoi j’ai réagi d’une façon ou l’autre alors que jusque là, mon comportement leur avaient juste semblé illogique voir irresponsable.

Se libérer de ces charges, les affronter, de manière complètement privée dans un journal, ou autrement, n’est pas une étape facile, je ne vais pas mentir. Et personnellement j’ai même choisi d’écrire quotidiennement, ce qui est un effort supplémentaire, mais je ressens des effets bénéfiques, je suis plus calme et en accord avec moi-même, je me comprends mieux et j’espère secrètement que cela fera du bien à quelqu’un qui me lira.

Et même si je suis encore très très loin de ma perfection, j’arrive à mieux m’accepter comme je suis, avec ma santé, mes médicaments, mes hésitations, parce que je progresse pas à pas. L’important c’est de ne pas rester sur place, même un tout petit pas, juste un tout petit pas, et ce sera une belle victoire pour vous sur l’anxiété.


Severus is a 34-year-old tech-savvy geek, mostly (but not exclusively) interested in sciences, health, mental health, animal causes and environmental issues. He lives in Belgium with his boyfriend 🇧🇪.